Archive pour mars 2008

Les raisons du succès de “Bienvenue chez les Ch’tis”

Par Gabrielle Desarbres

Avec plus de dix millions de spectateurs, inutile que je fasse de la publicité pour ce film dans Riposte laïque. Ce qui m’intéresse , c’est de comprendre les raisons de ce phénoménal succès.
Beaucoup a déjà écrit à ce sujet, le Figaro y a consacré une page entière. Pourtant, il me semble utile d’y revenir. En effet, et au delà du simple plaisir d’aller voir un film drôle, je ne pense pas que l’on puisse se suffire de cette seule explication. Je suis allée le voir pour comprendre : la salle de cinéma de ma ville de banlieue souvent à moitié vide, a fait salle comble à toutes les séances. Le public était varié : des enfants aux dames âgées, très âgées même : tous avaient voulu venir. Surprenant tout de même.
Certains des commentateurs patentés ont essayé d’expliquer le succès du film par sa valorisation de la langue ch’ti et donc de s’engouffrer dans la brèche pour nous jouer le couplet valorisation des langues régionales. Pourtant, je ne suis pas certaine qu’un film en breton à la gloire des Bretons aurait suscité le même enthousiasme, la même adhésion. Il plairait aux Bretons et serait vu par les Bretons mais après ?
D’autres, comme ma très chère fille, ont dit que c’était une réaction contre le côté bling bling de Sarkozy. Ce n’est pas exclu, mais cette explication me semble un peu juste car il me semble que le mépris de peuple n’a pas commencé avec Sarkozy. Pour être totalement honnête, j’aurais presque envie d’écrire au contraire…Certes, la gauche caviar n’a pas étalée son fric avec autant de tapage et encore.. mais elle fréquentait assidûment l’Ile de Ré, le Lubéron, les Seychelles ou le Maroc et les meilleures tables en demandant au bon peuple de faire des efforts, de partager le travail et de subir la fatalité de la mondialisation. C’est quand même sous la gauche que j’ai découvert que lors des grands rassemblements populaires, comme les concerts de SOS racisme, les VIP(very important persons) pour les non-initiés étaient reçus à l’abri des masses avec champagne et petits fours.
En ce qui me concerne, mon analyse est que ce film renoue avec une certaine tradition populaire des films des années d’avant guerre où l’on montrait des gens ordinaires, des films comme ceux de Marcel Carné et de bien d’autres par exemple. Et puis est venu la rupture des années 68 ou Cabu a pétrifié l’homme populaire d’en la figure repoussoir du beauf, et le cinéma a suivi avec un film comme Dupont la joie. Depuis, la grande majorité des films produits en France sont soit des films intimistes se délectant des états d’âme de bourgeois ou de bobos, soit des films compassionnels et victimaires, films encensés par Télérama, l’organe officiel de la bien- pensance. A cet égard, au moment où sortait le film de Dany Boon, la cérémonie mortelle des Césars encensait un film sirupeux « la graine et le mulet » caricature du film de bons sentiments dégoulinants à propos d’un vieux tunisien qui veut ouvrir un restaurant. Rien que la bande d’annonce m’a fait fuir.
C’est parce que le film de Dany Boon sur un ton comique sort de ces registres qu’il a rencontré un tel succès qui n’est pas partagé par les élites de la boboïtude parisienne… Reconnaissons d’ailleurs à Dany Boon le mérite de nous avoir évité le bon beur ou le bon noir pour faire dans la diversité ou le métissage de rigueur, lui dont la mère est d’origine kabyle, ne nous a pas joué le mythe des racines mais assume totalement sa part de chtis du Nord. A juste titre d’ailleurs, car tous les immigrés quand ils ne sont pas instrumentalisés par les communautaristes adoptent l’accent local, parlant cht’is, lyonnais ou marseillais.
Il faudra revenir plus longuement sur les trente dernières années et la façon dont non seulement le peuple a du subir l’austérité (pas en 2008 avec Sarko mais en 1983 avec la gauche, je précise pour les jeunes), les blocages de salaires, les licenciements massifs mais en plus le dénigrement de sa culture. Seuls ont été encouragés et subventionnés les modes d’expression des élites (opéra théâtre) pour aller dans la décomposition totale (cf. festival d’Avignon lire l’opuscule de Régis Debray) ou le soutien aux cultures urbaines (hip hop, rap..). La plupart des bals populaires ont été détruits par des sonos agressives et la techno. Plus personne n’ayant la moindre envie de danser aux sons de ces décibels agressifs. C’est toute une génération qui a perdu droit de cité et qui a été reléguée, oubliée, méprisée.
Il faut écouter le sociologue Michel Vievorka, référence de toute la gauche libérale, parler avec mépris de ce film, essayer de le démolir, dans l’émission de Yves Calvi. Quel mépris de la culture populaire, quel mépris du peuple ! (1)
Alors, au delà sans doute des intentions du réalisateur, ce film est ressenti comme une petite revanche , celle d’un film qui donne la parole aux gens ordinaires qui ont sans doute tant effrayés le juge d’Outreau, avec un message simple et chaleureux au contraire de tous ceux qui le ridiculisent comme les Deschiens ou Groland (sur Canal +).
Pour terminer, le moment le plus émouvant du film est celui qui se déroule au stade de Lens quand la foule entonne le chant des corons. Les drapeaux rouges (ndlr : simple couleur du club de football), la fraternité éclate chaleureuse, sincère. Et l’on ne peut que ressentir une grande émotion mais aussi un vrai ressentiment à l’encontre de ceux qui ont détruit ces valeurs au profit du fric, de la mondialisation, du libéralisme. Une fois encore, on ne peut s’empêcher d’analyser comment la gauche a abandonné lentement mais sûrement toutes les valeurs qui la caractérisaient et comment le fossé s’est creusé inéluctablement entre elle et le peuple. Et il ne suffira pas qu’un front anti-sarkozy se substitue au front anti FN pour faire renaître de ces cendres la gauche qui n’est plus qu’une coquille vide quelque soit le résultat des élections municipales.

Source : Riposte Laïque

(1) http://www.dailymotion.com/video/x4m4qy_wieviorka%E2%80%94cauchemar-gauchiste_news

Martine Aubry réélue… mais avec 56,6 % d’abstention !

Par Fanny Deulin

Elle sourit partout dans le journal “La Voix du Nord” depuis lundi. Normal : la joie de la victoire. Du coup les médias nationaux parlent de son retour dans la course à la direction du PS. Une photo montre même Jacques Delors et sa femme venus assister au triomphe de leur fille. Et de son « score historique » : 66, 56 %. « Roger Salengro, en 1935, n’avait atteint que 57,3 % », écrit La Voix du Nord.

Une déferlante ? Bémol du journaliste par rapport à Salengro : « Certes, à l’époque, l’abstention n’atteignait pas 55, 58 % et sa liste n’avait pas l’amplitude de celle de l’ancienne ministre du Travail ». Ce sont là termes bien élégants pour parler d’une alliance « gauches-droite ».

Oui, Martine Aubry a remporté la victoire, mais avec une abstention très forte. Sa Liste du 2ème tour « PS-PCF-PRG-MRC-Verts-Modem » n’a obtenu que 35 226 voix sur 124 106 inscrits, soit 28,4% des inscrits. Il n’y a que le maire de Roubaix, René Vandierendonck (PS-PCF-Modem), pour faire mieux au 2ème tour : 59,8 % d’abstention !

Les quartiers populaires n’ont pas été séduits par l’alliance locale des gauches et de la droite ex-UDF : 61 % d’abstention à Lille-Moulins, 58% à Lille-Sud, 56,7 % à Fives, 55,5 % à Wazemmes, 54,5 % à Faubourg de Béthune, 52,2 % à Bois Blancs… Ni les gages à Amar Lasfar et sa Ligue Islamique du Nord, ni l’affichage ostensible de candidats issus de « la diversité multiculturelle » comme dit Martine Aubry, n’ont fait baisser l’abstention.

Les élections passées, soyons lucides

La droite UMP n’a pas pris le beffroi de Lille, mais l’alliance « gauches-modem » n’a pas convaincu et fait bouger les foules. Ce n’est pas le tsunami claironné ! Rappelons qu’à Lille Ségolène Royal avait battu Nicolas Sarkozy au 2ème tour des présidentielles. Elle avait fait 52 874 voix sur 122 606 inscrits, soit 43,12% des inscrits. A cette municipale, on est loin de ce score. L’alliance « gauches-modem » à l’Hôtel de ville a de quoi réfléchir. Ainsi que Martine Aubry sur son projet national pour le PS qu’elle entend calquer sur son expérience lilloise.

Source : Riposte Laïque

Municipales & Cantonales : à l’issue du second tour…

Comme dans le reste de l’Hexagone, les élections municipales et cantonales ont montré une poussée à “gauche”, poussée qui n’en reste pas moins, au-delà des considérations locales, un simple effet essuie-glace, une continuation de l’éternel zig-zag dont notre pays est friand depuis trente ans, loin de l’adhésion enthousiaste des électeurs au projet “socialiste” dont a osé parlé Ségolène Royal. Cette poussée à “gauche”, somme toute assez relative ici et là, n’est pas une victoire de la “gauche” et du Parti Socialiste, c’est avant cela une défaite pour la majorité présidentielle, qui n’a pas su répondre aux attentes des français qui lui avaient fait confiance. C’est aussi et surtout une défaite pour les politiques en général, dont le taux d’abstention dans les grandes villes montrent un divorce entre eux et le peuple de plus en plus conséquent, et de plus en plus inquiétant.

Si les défaites des Mellick, des Vanneste et de tous les candidats issus de la majorité présidentielle sarkozyste ne peuvent que nous faire plaisir, comment se réjouir des victoires de candidats “de gauche” tels qu’Aubry, Vandierendonck, qui y verront là un encouragement à continuer leur politique communautariste ?

A l’issue de ces élections municipales et cantonales, dans le Nord Pas de Calais comme dans l’Hexagone, c’est un profond malaise, c’est même une profonde défiance que ressentent une majorité des citoyens vis-à-vis d’un système politique qui les accaparent de leur pouvoir et de leur espérance. Tout reste à faire pour que se construise une véritable alternative républicaine et citoyenne.

Aux citoyens soucieux de l’intérêt général de se réunir dans l’optique de cet objectif ambitieux.

Les principaux résultats :

 

A Hénin-Beaumont, Gérard Dallongeville est réélu avec 51,94 % des voix, loin devant Steeve Briois avec 18,83 %.

A Lille, Martine Aubry est facilement réélu avec 66,56 % des voix.

A Villeneuve d’Ascq, Gérard Caudron (gauche républicaine) est réélu avec 58,83 % des voix.

A Roubaix, René Vandierendonck est lui aussi facilement réélu avec 55,43 % des voix, loin devant Max-André Pick et Slimane Tir. Cette réélection reste néanmoins entaché par une piètre participation avoisinant les 40 %, qui fait dire à Slimane Tir de “Vandie” qu’il est le “maire le moins bien élu”.

A Béthune, Jacques Mellick est battu. C’est Stéphane Saint-André et sa liste de large front “anti-Mellick”, qui l’emporte de justesse avec 50,66 % des voix.

A Saint-Omer, grosse surprise. Bruno Magnier (PS) est élu avec 57,76 % des voix, battant le maire sortant Jean-Jacques Delvaux, pourtant donné gagnant après le désistement de la liste Modem.

A Calais, Jacky Hénin (PC), le maire sortant, est battu. C’est Natacha Bouchard (UMP) qui l’emporte avec 54,02 % des voix.

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