Archive pour avril 2008

La Redoute, un conflit aussi digne et grave que le malaise est profond

“ Nous n’arrivons plus à joindre les deux bouts ” expliquent les salariés de La Redoute pour justifier leur demande de 150 euros d’augmentation. Le groupe Printemps-Pinault-La Redoute qui les emploie, reste insensible. Les salariés de La Redoute sont en grève depuis le mardi 1er avril, pour leurs salaires. Un conflit fortement suivi, lancé par l’intersyndicale CGT, FO, SUD, CFDT, CFTC, UPAR. Mardi dernier, malgré la période de vacances, ils étaient encore 400 grévistes sur le site de La Martinoire (Wattrelos), et 150 sur le service de l’après-midi. Des actions ont lieu chaque jour, autour des revendications votées par les différentes assemblées générales. “Nous exigeons 150 euros nets d’augmentation, l’embauche de 300 de nos collègues intérimaires et le paiement des heures de grève”, explique Jean-Christophe Leroy (CGT). “Ces 150 euros nous en avons besoin pour vivre au lieu de survivre. Avec l’inflation que nous subissons depuis un an, et celle qui nous attend, c’est une urgence absolue. Nous n’arrivons plus à joindre les deux bouts. Les factures payées, il ne nous reste rien pour subvenir aux besoins de nos familles. Et on sent à quel point la situation financière pèse dans les assemblées générales. Le personnel est aussi digne et grave que le malaise est profond. Ce n’est pas un simple ras-le-bol. Nous savions tous que nous nous embarquions dans un bras de fer avec nos dirigeants qui serait long et difficile”.

Une « urgence absolue »

“Mais malgré nos revenus de misère, nous y sommes allés et on tient bon. De toute façon, on est déjà tellement dans la merde, un peu plus ou un peu moins… Il n’y a plus d’autre issue, il faut que notre pouvoir d’achat augmente de façon significative, sinon on va tous crever. On fait comme on peut, une heure ou deux de débrayage par jour, parfois plus, parfois moins, mais la proportion de personnel qui participe au mouvement d’une manière ou d’une autre est impressionnante. Les assemblées de personnel sont intenses, il y a du débat, l’enjeu est vraiment très important.” Et la sensation d’avoir la tête sous l’eau est partagée par nombre d’autres salariés, notamment dans la VPC. Certains ont été jusqu’à se joindre aux grévistes de La Redoute, comme les salariés de Vert-Baudet ou encore des Aubaines. Les centres d’appel de l’enseigne Roubaisienne à Rungis et Nancy ont aussi cessé le travail. Idem pour les salariés de SOGEP (transport des colis de La Redoute), qui devaient encore se mettre en grève ce jeudi. Les initiatives se multiplient auprès des salariés des Trois Suisses, touchés par les mêmes conditions de salaire désastreuses. “Même salaire, même galère”. Ce vendredi matin, une nouvelle manifestation doit avoir lieu. “Pour le moment la direction ne nous concède que des miettes alors que le groupe Printemps-Pinalt-La Redoute a encore fait exploser le compteur de ses bénéfices. Rendez-vous compte plus de 900 millions d’euros de bénéfices en 2007, soit une augmentation de près de 35 % par rapport à 2006. Et nous on gagne difficilement 1 000 euros par mois.” Le personnel a reçu le soutien des élus et militants communistes de la ville de Roubaix. “Cette lutte est juste et utile, estiment ceux-ci. Il est juste que les salariés qui sont les vrais créateurs de la richesse profitent des bénéfices engrangés par le groupe PPR. Augmenter les salaires, c’est gagner de l’argent utile pour l’économie, pour la consommation à l’opposé de l’argent stérilisé dans les profits.”

Liberté Hebdo

Un racisme qui s’avoue à peine, une guerre civile larvée qui se dévoile

« Pédophiles, chômeurs, consanguins : bienvenue chez les cht’is »

Telle est la banderole méprisante et haineuse à l’égard des habitants du Nord Pas de Calais que des pseudo-supporters du Paris SG ont déployé à l’occasion de la finale de la Coupe de la Ligue de football opposant samedi soir au Stade de France leur club au RC Lens.

Alors que ce match était placé sous le signe de la lutte contre le racisme, ces répugnants personnages ont pu laisser cours à leur haine avec le déploiement d’une banderole de trente mètres, recouvrant pratiquement toute la longueur de la tribune située derrière le but. Le drap est resté pendant plus de cinq minutes, le temps qu’il a fallu aux responsables du stade, restés inertes jusque là, pour réagir.

L’injure faite aux habitants d’une région française n’a pas non plus ému plus que cela les « officiels » présents, dont le premier personnage de l’Etat, Nicolas Sarkozy, resté sagement assis sur son siège. Pas la moindre protestation à la hauteur de l’outrage. Seuls Guy Delcourt et Bertrand Delanoë ont tenu à protester de manière vigoureuse contre cette banderole en boycottant la remise des trophées. C’était encore bien trop peu, mais on ne s’était pas couché honteusement. On fut bien loin de la réaction virulente de Jacques Chirac, quittant les tribunes après une Marseillaise sifflée lors d’une finale de Coupe de France en 2002.

L’après-match fut d’une même teneur, rongé par l’envie des joueurs et des dirigeants sportifs de minimiser l’affaire, de la cantonner à un simple incident banal de stade. Force est de constater que chambrer et ridiculiser le club adverse est une pratique courante chez certains supporters. Si cela reste la plupart du temps bon enfant, il arrive que ces taquineries dépassent le cadre de la simple rivalité entre clubs, et se transforment en mots plus que douteux, dans la seule ambition de blesser, de faire mal, au-delà même des supporters. « Pendant que nos pères inventaient le cinéma, les vôtres crevaient dans les mines » balançaient ainsi, lors d’un derby passé, des supporters de Lyon à ceux de Saint-Etienne.

Et toute cette haine tranquille passait impunément les portes de la légalité, et de l’intelligentsia. C’était devenu normal. Le même cinéma a faillit se jouer à nouveau ce week-end. C’était sans compter sur l’amour propre d’un Guy Delcourt, député-maire de Lens, et d’un Gervais Martel, président du RC Lens, qui décidèrent de ne pas laisser passer cet affront fait à tous les habitants de leur région d’origine.

Gervais Martel battu le rappel sur toutes les télés et radios, pendant que Guy Delcourt décida de porter plainte contre X au tribunal de grande instance de Béthune (en qualité de maire de Lens) et au tribunal de grande instance de Paris (en qualité de député), qualifiant la banderole de «discrimination scandaleuse», allant même parler de « racisme », terme jusque là tabou. Ce dernier a même demandé la citation comme témoin du président de la République, Nicolas Sarkozy, de la ministre de la Justice, Rachida Dati, et du secrétaire d’Etat aux Sports, Bernard Laporte, tous présents au stade de France samedi.

Il en était fini du silence, du tabou imposé par le politiquement correct. Alors que la lutte contre le racisme est depuis de nombreuses années une cause nationale, alors que les accusations de racisme fusent à la moindre opinion divergente sur l’Islam ou l’immigration, galvaudant le terme même de « racisme », le silence est de mise quand des « blancs » sont victimes de racisme. On voit tellement le racisme partout qu’on en a les yeux totalement éblouis.

Parce qu’il s’agit bien de racisme quand on insulte de telle manière les habitants d’une région, en les mettant tous dans un même moule. Les professionnels de l’antiracisme sont les premiers à s’indigner lorsqu’un joueur « noir » est insulté. Nous aussi. Mais on ne les entend guère lorsque, par exemple, les « français » sont menacés par le FLNC lors des élections municipales. Ni quand des « blancs » sont lynchés pour ce simple fait à Mayotte.

Nombreux sont ainsi ceux de l’intelligentsia médiatique, politique et associative qui présentèrent, finalement, leur indignation en ce jour. Un bien beau progrès !

Si les milieux politiques et les milieux sportifs veulent vraiment lutter contre le racisme dans le football, la cohérence devrait les conduire à sanctionner sévèrement le Paris SG, à l’instar des clubs de Metz et de Bastia. Le feront-ils vraiment ? C’est une autre affaire.

Quoiqu’il en soit, l’affichage tranquille de telles banderoles en dit long sur le climat de guerre civile larvée qui existe dans notre pays. Le respect mutuel que se doivent les citoyens d’un même pays se délite aujourd’hui en France. Les politiques antirépublicaines désastreuses menés par nos gouvernants successifs ont exacerbés les antagonismes sociaux et géographiques qui pouvaient exister en France. Elles ont fait le nid de tous les communautarismes. Elles ont enflammé le rejet de l’autre. Le racisme social et géographique affiché par des supporters ultras du PSG en sont aujourd’hui la dernière illustration.

En outre et pour conclure, le fait que l’opinion, bien au-delà du Nord Pas de Calais, ait pu s’émouvoir des propos injurieux et blessants de cette banderole, démontre et révèle - tout comme le succès national du film de Dany Boon « Bienvenue chez les Ch’tis » - un attachement hors du commun des Français à une région et à ses habitants. Pas par goût du voyeurisme ou du folklore, pas par régionalisme primaire. Mais par affection, par proximité. Au fond, l’image qu’ont les Français de leur territoire le plus septentrional et de ses habitants, c’est une image qu’inconsciemment ils aimeraient avoir de leur France dans sa totalité. C’est une France rêvée, idéale, cette France accueillante, fraternelle, travailleuse et fière d’elle, avec son je ne sais quoi de « gaulois », que ses citoyens voient aujourd’hui dans le Nord Pas de Calais.

C’est cet idéal français que ces pseudos-supporters ont quelque part insulté, créant une émotion sans précédent pour une « simple » banderole déployée dans un stade.