Un racisme qui s’avoue à peine, une guerre civile larvée qui se dévoile

« Pédophiles, chômeurs, consanguins : bienvenue chez les cht’is »

Telle est la banderole méprisante et haineuse à l’égard des habitants du Nord Pas de Calais que des pseudo-supporters du Paris SG ont déployé à l’occasion de la finale de la Coupe de la Ligue de football opposant samedi soir au Stade de France leur club au RC Lens.

Alors que ce match était placé sous le signe de la lutte contre le racisme, ces répugnants personnages ont pu laisser cours à leur haine avec le déploiement d’une banderole de trente mètres, recouvrant pratiquement toute la longueur de la tribune située derrière le but. Le drap est resté pendant plus de cinq minutes, le temps qu’il a fallu aux responsables du stade, restés inertes jusque là, pour réagir.

L’injure faite aux habitants d’une région française n’a pas non plus ému plus que cela les « officiels » présents, dont le premier personnage de l’Etat, Nicolas Sarkozy, resté sagement assis sur son siège. Pas la moindre protestation à la hauteur de l’outrage. Seuls Guy Delcourt et Bertrand Delanoë ont tenu à protester de manière vigoureuse contre cette banderole en boycottant la remise des trophées. C’était encore bien trop peu, mais on ne s’était pas couché honteusement. On fut bien loin de la réaction virulente de Jacques Chirac, quittant les tribunes après une Marseillaise sifflée lors d’une finale de Coupe de France en 2002.

L’après-match fut d’une même teneur, rongé par l’envie des joueurs et des dirigeants sportifs de minimiser l’affaire, de la cantonner à un simple incident banal de stade. Force est de constater que chambrer et ridiculiser le club adverse est une pratique courante chez certains supporters. Si cela reste la plupart du temps bon enfant, il arrive que ces taquineries dépassent le cadre de la simple rivalité entre clubs, et se transforment en mots plus que douteux, dans la seule ambition de blesser, de faire mal, au-delà même des supporters. « Pendant que nos pères inventaient le cinéma, les vôtres crevaient dans les mines » balançaient ainsi, lors d’un derby passé, des supporters de Lyon à ceux de Saint-Etienne.

Et toute cette haine tranquille passait impunément les portes de la légalité, et de l’intelligentsia. C’était devenu normal. Le même cinéma a faillit se jouer à nouveau ce week-end. C’était sans compter sur l’amour propre d’un Guy Delcourt, député-maire de Lens, et d’un Gervais Martel, président du RC Lens, qui décidèrent de ne pas laisser passer cet affront fait à tous les habitants de leur région d’origine.

Gervais Martel battu le rappel sur toutes les télés et radios, pendant que Guy Delcourt décida de porter plainte contre X au tribunal de grande instance de Béthune (en qualité de maire de Lens) et au tribunal de grande instance de Paris (en qualité de député), qualifiant la banderole de «discrimination scandaleuse», allant même parler de « racisme », terme jusque là tabou. Ce dernier a même demandé la citation comme témoin du président de la République, Nicolas Sarkozy, de la ministre de la Justice, Rachida Dati, et du secrétaire d’Etat aux Sports, Bernard Laporte, tous présents au stade de France samedi.

Il en était fini du silence, du tabou imposé par le politiquement correct. Alors que la lutte contre le racisme est depuis de nombreuses années une cause nationale, alors que les accusations de racisme fusent à la moindre opinion divergente sur l’Islam ou l’immigration, galvaudant le terme même de « racisme », le silence est de mise quand des « blancs » sont victimes de racisme. On voit tellement le racisme partout qu’on en a les yeux totalement éblouis.

Parce qu’il s’agit bien de racisme quand on insulte de telle manière les habitants d’une région, en les mettant tous dans un même moule. Les professionnels de l’antiracisme sont les premiers à s’indigner lorsqu’un joueur « noir » est insulté. Nous aussi. Mais on ne les entend guère lorsque, par exemple, les « français » sont menacés par le FLNC lors des élections municipales. Ni quand des « blancs » sont lynchés pour ce simple fait à Mayotte.

Nombreux sont ainsi ceux de l’intelligentsia médiatique, politique et associative qui présentèrent, finalement, leur indignation en ce jour. Un bien beau progrès !

Si les milieux politiques et les milieux sportifs veulent vraiment lutter contre le racisme dans le football, la cohérence devrait les conduire à sanctionner sévèrement le Paris SG, à l’instar des clubs de Metz et de Bastia. Le feront-ils vraiment ? C’est une autre affaire.

Quoiqu’il en soit, l’affichage tranquille de telles banderoles en dit long sur le climat de guerre civile larvée qui existe dans notre pays. Le respect mutuel que se doivent les citoyens d’un même pays se délite aujourd’hui en France. Les politiques antirépublicaines désastreuses menés par nos gouvernants successifs ont exacerbés les antagonismes sociaux et géographiques qui pouvaient exister en France. Elles ont fait le nid de tous les communautarismes. Elles ont enflammé le rejet de l’autre. Le racisme social et géographique affiché par des supporters ultras du PSG en sont aujourd’hui la dernière illustration.

En outre et pour conclure, le fait que l’opinion, bien au-delà du Nord Pas de Calais, ait pu s’émouvoir des propos injurieux et blessants de cette banderole, démontre et révèle – tout comme le succès national du film de Dany Boon « Bienvenue chez les Ch’tis » – un attachement hors du commun des Français à une région et à ses habitants. Pas par goût du voyeurisme ou du folklore, pas par régionalisme primaire. Mais par affection, par proximité. Au fond, l’image qu’ont les Français de leur territoire le plus septentrional et de ses habitants, c’est une image qu’inconsciemment ils aimeraient avoir de leur France dans sa totalité. C’est une France rêvée, idéale, cette France accueillante, fraternelle, travailleuse et fière d’elle, avec son je ne sais quoi de « gaulois », que ses citoyens voient aujourd’hui dans le Nord Pas de Calais.

C’est cet idéal français que ces pseudos-supporters ont quelque part insulté, créant une émotion sans précédent pour une « simple » banderole déployée dans un stade.

2 Réponses vers “Un racisme qui s’avoue à peine, une guerre civile larvée qui se dévoile”


  1. 1 Ironheart 6 avril 2008 à 11:22

    Merci pour ce superbe article (je suis celui qui a posté les vidéos de la révolution française sur dailymotion) ! En effet, il est intéressant de voir comment les français aiment le Nord, région qui fut longtemps disputée par les anglais et les hollandais (avant l’arrivée triomphale de Louis XIV). C’est un idéal de “chaleur humaine” qui n’est franchement pas le cas de la “capitale”… Hélas, cette banderole ne joue pas en la faveur des parisiens. C’est quand même triste. Mais je ne pense pas que c’est la faute au gouvernement ou à une “intelligensia”. Non, c’est la société qui évolue tout simplement, autrefois on pensait au groupe, maintenant, nous sommes dans une société individualiste. Autrefois, on pensait à la Nation, aujourd’hui on pense à sa région, sa ville, parfois à l’Europe, mais pas à la France. Telles sont les séquelles des deux guerres mondiales qui ont créé un rejet de “l’amour de la Nation”. C’est donc selon moi une évolution des pensées, qui n’a pas vraiment de rapport avec les différents gouvernements qui se sont succédés. Je ne pense pas qu’un gouvernement soit en outre si influent qu’il fasse changer les pensées des gens, justement.

    Concernant le film “la révolution française”, je ne sais toujours pas si un DVD sortira un jour, mais gardons espoir ^^

  2. 2 lenordrepublicain 7 avril 2008 à 9:38

    Evidemment, on ne peut pas mettre tout sur le dos des “intelligentsia”, des gouvernements. Ce serait leur donner un pouvoir quasi-totalitaire qu’ils n’ont heureusement pas. Les citoyens sont les premiers responsables de ce qu’ils sont. Mais je pense que les “intelligentsia”, les médias, les élites, les décideurs n’y sont pas pour autant étrangers. Au contraire, ils en ont été le levier doux, mais efficace.

    En tout cas, merci pour l’info ! ;-)


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