Archive pour juin 2008

Le palmarès anti-laïque lillois de Martine Aubry : la “troisième voie” du PS ?

Par Fanny Deulin

Assistons-nous à une nouvelle opération pour imposer au Parti Socialiste des choix venus de l’extérieur ? Comme pour Ségolène Royal à la présidentielle de 2007, nous assistons à présent à une montée de mayonnaise médiatique en faveur de Martine Aubry pour le poste de Secrétaire nationale du Parti Socialiste ?

En effet des articles dithyrambiques sur Martine Aubry fleurissent dans le journal Le Monde depuis le mois de mai dernier. Michel Noblecourt la présente comme une des revenants de la « dream-dream », « cette marque de fabrique du gouvernement de Lionel Jospin en 1997 ». Elle et Dominique Strauss-Kahn, actuellement directeur du FMI, « ont repris le sentier de la guerre pour empêcher, à tout prix, l’usurpatrice [Ségolène Royal] de s’emparer du PS et de s’imposer en candidate naturelle pour 2012 » (1).

Jean-Michel Normand titre même : « Martine Aubry veut incarner la “troisième voie” au PS ». Et il précise : « Avec Martine Aubry, les partisans de la “troisième voie”, ont peut-être trouvé la figure susceptible d’incarner le « ni Ségolène Royal, ni Bertrand Delanoë” »(2). L’article fonde « l’état de grâce » actuel et l’ « envergure nationale » de Martine Aubry sur son « éclatante réélection à Lille ».

Cette « éclatante réélection » est une arnaque qui a la vie dure ! Puisque Martine Aubry sait très bien qu’elle a été élue avec 56% d’abstention, soit 28,4% des inscrits, et que « les quartiers populaires n’ont pas été séduits par l’alliance locale des gauches et de la droite ex-UDF : 61 % d’abstention à Lille-Moulins, 58% à Lille-Sud, 56,7 % à Fives, 55,5 % à Wazemmes, 54,5 % à Faubourg de Béthune, 52,2 % à Bois Blancs… Ni les gages à Amar Lasfar et sa Ligue Islamique du Nord, ni l’affichage ostensible de candidats issus de « la diversité multiculturelle » comme dit Martine Aubry, n’ont fait baisser l’abstention » (3).

Le Monde qui n’a pas roulé ces dernières années pour la République laïque et l’Enseignement public laïque, verrait-il bien Martine Aubry à la tête du Parti Socialiste parce que défenseuse de la « laïcité ouverte » ?

Effectivement Martine Aubry a fait passer, à Lille, le « socialisme » de la laïcité républicaine au communautarisme ethnique et religieux.

Quelques preuves :

- Ne s’est-elle pas opposée à la loi du 15 mars 2005 interdisant les signes religieux ostensibles à l’Ecole, de la maternelle au Bac ?

- N’est-elle pas célèbre pour sa piscine à créneaux horaires pour les femmes voilées ?

- N’a-t-elle pas favorisé la création du lycée musulman dans la mosquée de Lille sud où Asmar Lasfar (UOIF) est le recteur ?

- N’a-t-elle pas aidé Mohammed Béchari (4) à la création de l’Institut privé musulman « Avicenne », faculté théologique et institut de sciences humaines ? La Voix du Nord écrivait alors qu’une part du financement venait du Qatar dont était proche Mohammed Béchari. « Comme par hasard, ajoutait La Voix du Nord, l’ambassadeur en France de ce pays du Golfe était à Lille en janvier à l’invitation de Béchari pour le repas de l’Aïd. A ses côtés ? Martine Aubry et Amar Lasfar… »(5). Selon La Voix du Nord, le projet a séduit Martine Aubry qui « l’accompagne positivement, précise-t-on au cabinet du maire. La ville y voit une volonté de dialogue, de brassage, favorisant le vivre ensemble, un projet laïque… » (6). Curieuse laïcité !

- Ne laisse-t-elle pas se développer des activités non-mixtes pour les jeunes dans des Centres sociaux municipaux de Lille ?

- N’a-t-elle pas déclaré que la faculté catholique de Lille était le plus beau fleuron universitaire de Lille ? Il est vrai qu’elle est arrivée à Lille en faisant « une liste de synthèse avec Pierre Mauroy et le doyen de l’Institut catholique. » (7)

- N’a-t-elle pas créé, en 1993, avec des grands patrons chrétiens la « Fondation agir contre l’exclusion » (FACE) ?(7).

- N’a-t-elle pas laisser la municipalité de Lille suspendre la crémation de l’athée Amar Bergham que ses trois enfants majeurs allaient entreprendre avec l’autorisation du Tribunal de Douai ? Cédant ainsi aux injonctions religieuses :

- d’Amar Lasfar, recteur de la mosquée de Lille-sud (UOIF), pour qui « seule une autorité judiciaire musulmane dans un pays musulman doit définir et vérifier les causes de l’apostasie (abandon d’une religion) d’une personne »( 8 )

- et de la veuve défendue par maître Xavier Labbée, « conseil de la seconde épouse du défunt qui était en instance de divorce avec celui-ci », lequel Maître Labbée considérait que « La question de la religion n’a rein à voir dans le dossier, c’est le problème de la dernière volonté » ( 8 ).

Mais ce Maître Labbée n’est-ce pas lui qui vient de plaider l’annulation d’un mariage “pour erreur sur les qualités essentielles” de la mariée, car elle avait menti sur sa virginité ?(9) S’est-il fait une spécialité d’introduire subrepticement la charia à coup de jurisprudence dans le droit de la République laïque ?

Est-ce tout cela la « troisième voie » que Martine Aubry veut incarner pour le PS en devenant sa Secrétaire nationale ?

La Maire de Lille a bien tenté de se refaire une « virginité féministe » en proclamant scandaleux le jugement du Tribunal de Lille annulant un mariage pour cause de non-virginité de la mariée (9). Mais avec une telle politique aussi anti-laïque incitant à l’enfermement des femmes musulmanes sous le voile et les tenues du Moyen Orient dans l’espace public, qui peut croire que Martine Aubry est du côté de l’émancipation des femmes ?

Non, Martine Aubry, je ne souhaite pas que vous deveniez la Secrétaire nationale du Parti Socialiste, car je ne veux pas que vous appliquiez à la France votre « laïcité ouverte à l’ethnique et au religieux » que vous pratiquez à Lille. Parce que je ne souhaite pas que l’on règle les problèmes sociaux dans les quartiers avec les imams, les prêtres, les pasteurs, les rabins.

J’espère que les militantes et militants du Parti socialiste entendront la supplique d’une femme émancipée et qui veut que ses filles le demeurent.

Riposte Laïque

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(1)-Michel Noblecourt, Le Monde, « Les revenants de la “dream team”, 24 mai 2008.

(2)-Jean-Michel Normand , Le Monde, « Martine Aubry veut incarner la “troisième voie” au PS, 1er juin 2008.

(3)- Cf. Fanny Deulin, « Martine Aubry réélue… mais avec 56,6 % d’abstention ! », Riposte Laïque, 19 mars 2008, sur le site http://www.ripostelaique.com/Martine-Aubry-reelue-mais-avec-56.html

(4)- président de la Fédération nationale des musulmans de France (FNMF), proche du roi du Maroc, selon La Voix du Nord, 22 mars 2006.

(5)-La Voix du Nord, 22 mars 2006, page 3.

(6)- La Voix du Nord, 9 septembre 2006.

(7)-Biographie de Martine Aubry : http://decrypt.politique.free.fr/partis/

( 8 )- La Voix du Nord, 2 juin 2005.

(9) cf. Fanny Deulin, « Jugement de Lille / Le tribunal juge en imam, c’est aussi de votre faute, Martine Aubry et Nicolas Sarkozy ! ». Cf. sur le site de Riposte Laïque http://www.ripostelaique.com/Le-tribunal-juge-en-imam-c-est.html

A Dunkerque, l’extrême droite flamande menace de mort le principal du collège “Lucie Aubrac”

Par Pierre Baracca

Reconstruit à neuf, le collège « Michel de Swaen » de Dunkerque est devenu le « collège Lucie Aubrac », figure de la Résistance contre le Nazisme en France. Wido Triquet, premier secrétaire du “Mouvement flamand” basé à Dunkerque, refuse ce changement de nom.

« Le principal, lui, justifie le changement de nom de l’établissement qu’il dirige depuis septembre 2004. « Il a été démoli et reconstruit. Il accueille des élèves de trois quartiers qui ont été ou vont être rénovés. Le nom de Lucie Aubrac est le fruit d’une réflexion avec les enseignants, les parents, les élèves… Pour ma part, je ne l’avais pas proposé. Le conseil d’administration a proposé ce nom en juillet 2007, accepté par le conseil municipal en décembre. C’est à partir de là que la nouvelle a commencé à circuler sur les sites Internet d’extrême droite. » (1) .

Persistant à considérer le principal du collège responsable du changement de nom, l’ancien architecte Wido Triquet l’a menacé de mort. Agitation verbale d’un homme âgé de 69 ans ? Non, puisqu’il déclare : « je ne regrette pas mes propos (…) Peut-être étions-nous trop gentils, trop courtois. Maintenant, on montre les crocs. Ça marche puisqu’on nous écoute. »(1)

Incitation à l’assassinat d’un fonctionnaire de l’Etat français

C’est plus qu’une menace de mort. Dans un courrier du 12 décembre 2007 au principal du collège, W. Triquet se présente comme un résistant et un défenseur de la culture flamande : il exige que l’on préserve le souvenir de Michel de Swaen, poète et dramaturge flamand (1654-1707). L’histoire aurait pu n’être qu’une revendication culturelle mais, en incitant à l’assassinat du principal du collège, Wido Triquet invite à l’action armée. Dans sa deuxième lettre du 10 mai 2008, il propose de faire un exemple comme celui du préfet Erignac “grâce auquel Paris parle désormais de la Corse avec respect”. En somme le secrétaire du “Mouvement flamand” invite à faire exécuter un fonctionnaire de l’Education nationale, donc de l’Etat français. C’est donc un acte politique. Qui rappelle l’esprit de la campagne de presse de l’extrême droite à l’été 1936 qui conduisit le maire de Lille et ministre de l’Intérieur du Front Populaire, Roger Salengro, à se suicider. Cet appel au meurtre qui s’inscrit dans une stratégie de rupture et de séparation avec l’Etat-nation français, n’est pas l’acte d’un isolé épris de culture.

Michel de Swaen, un emblème de l’extrême droite

En effet, le 19 novembre 2007, le conseiller Bertrand Meurisse, classé extrême droite, avait déjà demandé au conseil municipal de Dunkerque de conserver le nom de Michel de Swaen, car « son œuvre est aujourd’hui au programme de tous les cours de littérature des écoliers néerlandophones, en Hollande comme en Flandre belge. »(2). Quid de la France ? « En nous proposant, disait-il, de débaptiser le collège (…), la “communauté scolaire” ne nous propose rien d’autre que de tourner le dos à notre histoire. Et cela (…) nous ne pouvons l’accepter. Au moment où la question de l’identité flamande agite le plat pays, cette décision serait de surcroît mal perçue par la communauté flamande, de quelque côté de la frontière qu’elle se trouve d’ailleurs. »(2) Le discours de B. Meurisse porte en germe le séparatisme. C’est bien pourquoi il a été et est toujours repris sur le site de la Fédération Identitaire, mouvement d’extrême droite qui prêche la haine de la « République française car jacobine » et prône l’Europe des régions, bien que négociant actuellement un rapprochement avec Marine Le Pen.

Bertrand Meurisse a été élu, depuis 2001, sur la liste de Philippe Eymery qui est encore présentée à la date du 8 juin 2008 comme liste MNR sur le site Internet de Bruno Mégret (3). Il figurait sur la même liste aux dernières municipales. Or quand on va sur le blog de Philippe Eymery (4), le lien « Avenir flamand » renvoie en Belgique sur le site Internet du parti flamand « Vlaams Belang », l’ex-« Vlaams Block ».(4)

Ce lien Internet montre que « L’avenir dunkerquois », le “Mouvement flamand” de Wido Triquet participent sur un plan politique à cette nébuleuse complexe qui oeuvre en France et en Belgique à la réunification de la Flandre de France et de la Flandre de Belgique, c’est à dire à la reconstitution des Pays-Bas du Sud, l’ancienne province très catholique d’Espagne née à la fin du XVIe siècle, sous Philippe II d’Espagne, du fait de l’indépendance des Pays-Bas du Nord protestants. D’aucuns fantasment même sur une nouvelle nation néerlandaise allant de Lille-Cassel-Bergue-Dunkerque à la Hollande, Flandre belge incluse. Ce sont les anciens Pays-Bas de Charles Quint, Empereur d’Allemagne et roi d’Espagne et de Sicile aux environs de 1516-1556 !

Ces mouvements politiques, entourés d’une nébuleuse d’associations culturelles sans rapport immédiat avec le politique, refusent le fait que la Flandre maritime et Dunkerque soient français depuis 1662, sous Louis XIV (5). Et ils ont choisi cette emblématique de Michel de Swaen plutôt que l’autre figure contemporaine de Dunkerque : Jean Bart, le corsaire du roi de France. Ces deux figures traduisent des futurs divergents pour ce territoire de la République Française, « une et indivisible ».

L’Eglise catholique et le mouvement flamand

Ce projet séparatiste flamand a été le combat de l’Eglise catholique au XIXe et jusqu’avant 1940. « En France comme en Belgique, le mouvement flamingant a d’abord été le fait de l’Eglise catholique, les curés flamands tenant à défendre l’identité ethnique et religieuse de leurs fidèles contre la République francophone et athée » (6). Ce mouvement catholique flamand a été terni, pendant la 2ème guerre mondiale, par l’attitude pronazie d’un de ses promoteurs du mouvement flamand, l’Abbé Jean-Marie Gantois (6), comme ce fut aussi le cas pour les mouvement séparatistes bretons. Ces brefs rappels montrent que s’indigner contre l’appel au meurtre du principal du collège est totalement insuffisant.

S’indigner… ou défendre la République française laïque, féministe et sociale ?

En somme, l’appropriation de « Michel de Swaen » par l’extrême droite comme emblème de la construction d’un nouvel Etat-nation flamand, conduisant à l’amputation du territoire de la République française et à la remise en cause de la République laïque française, ne pouvait que conduire la municipalité de Michel Delbarre à voter la proposition du Conseil d’Administration d’appeler le collège Lucie Aubrac. Par cet acte politique républicain et de gauche la majorité municipale de Dunkerque a affirmé son attachement à l’Etat-nation français que signifie aussi la Résistante Lucie Aubrac. L’UMP locale s’est abstenue : cela en dit long sur sa complicité avec l’extrême droite !

Les Dunkerquois ont approuvé le choix de Lucie Aubrac puisqu’ils ont réélu la municipalité de Michel Delbarre au 1er tour à 57,8% et avec seulement une abstention de 38%. La liste de l’extrême droite de Philippe Eymery n’a obtenu que 11%, soit 3881 voix, ce qui prouve le faible impact de son discours en faveur l’ethnicité flamande. Il est vrai que vers 1990 les enquêtes estimaient que seuls 5% de la population de la Flandre française utilisaient le flamand quotidiennement ; « quant à la jeune génération, cette dernière a recours au français dans une proportion de 99%, du flamand 1%, et des deux langues 8%. »(7)

Si les républicains, et de gauche et des syndicats en particulier, ont à réfléchir sur la façon de prendre en compte la dimension culturelle flamande au sein de la République laïque française, ils doivent bien mesurer ce qu’ils font en ouvrant la boîte de Pandore du communautarisme ethnique, si pas religieux. Le récent vote des députés (Droites-Gauches) pour inscrire les langues régionales au même titre que le français dans la constitution française et, ce, à l’initiative du Gouvernement Sarkozy- Fillon, s’inscrit dans la logique de Bruxelles de casser la République laïque française, base et cadre des acquis sociaux des salariés et des femmes obtenus à la Libération avec le programme du Conseil National de la Résistance(Sécurité sociale, retraites, Enseignement public laïque gratuit, etc.) que Lucie Aubrac symbolise. Tout est lié !

Ces brefs rappels permettent de comprendre que le nom de Lucie Aubrac pour le collège de Dunkerque est l’emblème de ce combat pour la « République française laïque, féministe et sociale », mais aussi la cause de la haine de ses adversaires et de l’appel à l’assassinat d’un fonctionnaire républicain par un Wido Triquet. Seulement porter plainte contre Wido Triquet est totalement insuffisant. Ce n’est pas une affaire qui relève du Civil ; l’annulation du mariage à Lille pour non-virginité de l’épouse non plus ! Ce sont des enjeux graves de société.

Riposte Laïque

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(1). La Voix du Nord, 5 juin 2008, p 4.

(2) Discours de Bertrand Meurisse, site des « Elus identitaires, réseau des élus locaux identitaires et régionalistes », http://www.elus-identitaires.com/archive/2007/11/20/michel-de-swaen-une-fierte-dunkerquoise.html

(3). Cf.le site du MNR, au 8 juin 2008 : http://www.m-n-r.net/dyn_downloads/chene13.pdf

(4). blog de Philippe Eymery, Défi dunkerquois, 8 juin 2008. http://defidunkerquois.hautetfort.com/

(5). Site officiel de la ville de Dunkerque, rubrique « Histoire ».

(6). Emmanuel Le Roy Ladurie et Marie-Jeanne Tits-Dieuaide, Minorités (histoire des) Encyclopaedia Universalis, Corpus 12, 1985, p 332.

7). Le flamand en France, Research Centre of Multilingualism, http://www.uoc.es/euromosaic/web/document/neerlandes/fr/i1/i1.htm