Archive pour la catégorie 'Economie & Société'

La Redoute, un conflit aussi digne et grave que le malaise est profond

“ Nous n’arrivons plus à joindre les deux bouts ” expliquent les salariés de La Redoute pour justifier leur demande de 150 euros d’augmentation. Le groupe Printemps-Pinault-La Redoute qui les emploie, reste insensible. Les salariés de La Redoute sont en grève depuis le mardi 1er avril, pour leurs salaires. Un conflit fortement suivi, lancé par l’intersyndicale CGT, FO, SUD, CFDT, CFTC, UPAR. Mardi dernier, malgré la période de vacances, ils étaient encore 400 grévistes sur le site de La Martinoire (Wattrelos), et 150 sur le service de l’après-midi. Des actions ont lieu chaque jour, autour des revendications votées par les différentes assemblées générales. “Nous exigeons 150 euros nets d’augmentation, l’embauche de 300 de nos collègues intérimaires et le paiement des heures de grève”, explique Jean-Christophe Leroy (CGT). “Ces 150 euros nous en avons besoin pour vivre au lieu de survivre. Avec l’inflation que nous subissons depuis un an, et celle qui nous attend, c’est une urgence absolue. Nous n’arrivons plus à joindre les deux bouts. Les factures payées, il ne nous reste rien pour subvenir aux besoins de nos familles. Et on sent à quel point la situation financière pèse dans les assemblées générales. Le personnel est aussi digne et grave que le malaise est profond. Ce n’est pas un simple ras-le-bol. Nous savions tous que nous nous embarquions dans un bras de fer avec nos dirigeants qui serait long et difficile”.

Une « urgence absolue »

“Mais malgré nos revenus de misère, nous y sommes allés et on tient bon. De toute façon, on est déjà tellement dans la merde, un peu plus ou un peu moins… Il n’y a plus d’autre issue, il faut que notre pouvoir d’achat augmente de façon significative, sinon on va tous crever. On fait comme on peut, une heure ou deux de débrayage par jour, parfois plus, parfois moins, mais la proportion de personnel qui participe au mouvement d’une manière ou d’une autre est impressionnante. Les assemblées de personnel sont intenses, il y a du débat, l’enjeu est vraiment très important.” Et la sensation d’avoir la tête sous l’eau est partagée par nombre d’autres salariés, notamment dans la VPC. Certains ont été jusqu’à se joindre aux grévistes de La Redoute, comme les salariés de Vert-Baudet ou encore des Aubaines. Les centres d’appel de l’enseigne Roubaisienne à Rungis et Nancy ont aussi cessé le travail. Idem pour les salariés de SOGEP (transport des colis de La Redoute), qui devaient encore se mettre en grève ce jeudi. Les initiatives se multiplient auprès des salariés des Trois Suisses, touchés par les mêmes conditions de salaire désastreuses. “Même salaire, même galère”. Ce vendredi matin, une nouvelle manifestation doit avoir lieu. “Pour le moment la direction ne nous concède que des miettes alors que le groupe Printemps-Pinalt-La Redoute a encore fait exploser le compteur de ses bénéfices. Rendez-vous compte plus de 900 millions d’euros de bénéfices en 2007, soit une augmentation de près de 35 % par rapport à 2006. Et nous on gagne difficilement 1 000 euros par mois.” Le personnel a reçu le soutien des élus et militants communistes de la ville de Roubaix. “Cette lutte est juste et utile, estiment ceux-ci. Il est juste que les salariés qui sont les vrais créateurs de la richesse profitent des bénéfices engrangés par le groupe PPR. Augmenter les salaires, c’est gagner de l’argent utile pour l’économie, pour la consommation à l’opposé de l’argent stérilisé dans les profits.”

Liberté Hebdo

“A chaque élection, Sarkozy vient pleurer avec nous”

Trois ex-Metaleurop, de l’association d’anciens salariés Choeurs de fondeurs, commentent la visite de Nicolas Sarkozy jeudi dernier sur le site de l’ancienne fonderie de plomb et de zinc transformé en site de recyclage.

Nicolas Sarkozy s’est réjoui de la «création de 420 emplois» sur l’ancien site.
Albert Lebleu, ancien cadre de Metaleurop, retraité : La vérité, c’est que seulement 70 emplois ont été créés sur le site même, dont une vingtaine seulement pour les ex-Metaleurop, et six anciens ont créé leur emploi. Tous les autres sont des transferts. Il faut avoir l’honnêteté intellectuelle de le dire, en particulier de la part du premier représentant de l’Etat! Pour les anciens qui ont beaucoup de difficultés, tout ce cinéma, cette agitation du président, ça provoque de la colère.

En 2003, Metaleurop-Nord est lâché par Glencore, l’actionnaire principal, et le site ferme.
Nicolas Sarkozy s’est insurgé hier contre ce «capitalisme sans foi ni loi».
Jean-Louis Martin, ancien cadre à Metaleurop, retraité : Chaque fois qu’il y a une élection, Sarkozy vient pleurer avec nous. Y’en a marre. L’Etat français vient de donner un tiers des réserves de minerai de nickel en Nouvelle-Calédonie à Glencore. Sarkozy tient un discours, mais baisse la garde sur la justice, il dépénalise le droit des affaires : ce sera encore plus facile qu’avant de fermer des sites. Fermer une boîte, c’est créer des SDF, des suicides, de l’alcoolisme. Au passage, certains partis utilisent la désespérance des gens. Beaucoup d’anciens salariés sont devenus militants du Front national.

Combien d’ex-Metaleurop ont retrouvé du travail?
Albert Lebleu : Sur les 811, seuls 350 sont en CDI. 25 ont créé leur entreprise, 30 sont en CDD, 50 intérimaires, 70 au Rmi. Environ 200 ont bénéficié de pré-retraites et de départs anticipés, 11 d’une retraite amiante, 30 sont dispensés de recherche d’emploi, mais vivent en grande précarité en attendant la retraite, 12 sont en invalidité, 19 décédés.

Que s’est-il dit à la table ronde avec Nicolas Sarkozy, Christine Lagarde et Jean-Louis Borloo?

Farid Ramou, ancien syndicaliste CGT à Metaleurop, cadre chez Sita Rebonds : Nicolas Sarkozy nous a dit qu’il voulait faire voter un texte qui oblige les groupes à assumer pour leurs filiales. Dont acte. Un tel texte aurait pu éviter le désastre de Metaleurop-Nord. Ça fait cinq ans qu’on le réclame.

Que lui avez vous demandé?
Farid Ramou : Je lui ai demandé qui serait concerné par cette loi. Si elle pourrait s ‘appliquer en cas de défection d’un actionnaire principal étranger, et intouchable comme Glencore. Il a répondu «ça concernera les investisseurs français et étrangers». Est-ce que ça sera applicable, exportable, au moins en Europe? J’attends de voir. J’ai demandé un audit sur l’action des cellules de reclassement. Ce sont surtout des pompes à fric, je l’ai vécu. Ce n’est pas grâce à eux que j’ai trouvé du travail. Les salariés de ces cellules, en CDD, changent tout le temps, sont jeunes et ne connaissement pas bien la réalité du monde du travail qu’ils doivent présenter aux reclassés. Il a acquiescé.

Quelle impression vous laisse-t-il?
Farid Ramou : Je ne suis de son bord, pas du tout, même, mais je lui reconnais un certain volontarisme politique. Reste à savoir si les moyens suivront. A part ça, je l’ai trouvé fatigué!

Qu’avez vous pensé de cette visite?

Jean-Louis Martin : Je suis choqué par le personnage. C’est la deuxième fois qu’il vient, et cette fois encore, avant une élection. Il est venu se refaire une popularité. La dernière fois il a déposé une gerbe sur la stèle en hommage aux ouvriers morts dans les accidents de 93-94. Il s’est recueilli, puis il s’est retourné pour faire coucou aux dames. C’est choquant pour nous qui sommes marqués par ces accidents et par la fermeture. Il nous mène en bateau. A l’association Choeurs de fondeurs, créée après la mort de Metaleurop, on avait envoyé aux candidats à la présidence une liste de questions. On demandait que la justice prenne en compte ce qui était arrivé, une politique de réindustrialisation, et une lutte contre Glencore au niveau international. Royal et Bayrou avaient répondu. Lui, il a envoyé un accusé de réception. Notre questionnaire, il s’est assis dessus.

Il propose un fonds national pour la réindustrialisation éventuellement abondé par l’Etat.

Jean-Louis Martin : C’est une bonne idée. Mais il faut que les salariés et les ex-salariés aient un droit de regard. En attendant, la facture sociale, économique, environnementale, sanitaire, c’est l’Etat et les collectivités qui la paient. Beaucoup d’argent public a été dépensé sur l’après-Metaleurop. Mais maintenant, Metaleurop va très bien, elle s’appelle Recylex, et le cours de l’action a explosé. Glencore, lui, est devenu encore plus puissant que Nestlé.

Propos recueillis par Haydée Sabéran

Source : Libé Lille